mercredi 21 mars 2018

Du pâté sur la tartine!




Honnêtement ce papier, je n’avais aucune envie de le faire mais bon. Quand on a un blog et que ça part en "live", à cette époque où tout le monde commente tout je me sens un peu comme obligé de donner mon point de vue. Arf et ce titre,  bin c’est comme dire « On a du pain sur la planche » mais en plus cooool !


Ces derniers temps la polémique bat son plein: Interdire la pêche à Paris sous prétexte que le poisson n’est pas propre à la consommation. Assos qui montent au créneau, élus qui s’y mettent et c’est partit,  FEU ! La guerre est déclarée.

Un contexte à la mode où l’humain des villes  se rend compte qu’il n’est pas le seul être vivant de la planète…
La (soit disant) notion de douleur infligée aux poissons et le (soit disant) sadisme des pêcheurs no-kill en est le débât. On a à faire à un questionnement, une remise en question voir même la découverte de cette drôle d’activité pour le grand public.
Est-ce vrai, est-ce faux ?  Certains défendent leurs idées, d’autres leurs libertés ou encore leur passion. Le fracas est détonant, les explosions sont sanglantes : menaces, insultes en tout genre waouuu ça fuse dans tous les sens mais sans réelle progression.

Avoir confié cette problématique aux réseaux sociaux c’est formidable. Vous ne trouvez pas qu’on a le même comportement sur face book qu’en voiture ? Les types s’énervent super vite, klaxonnent comme des malades, sont prêts à se battre pour une truite de bassine posée au sol (waouuu t'es malade, la tenue du fish mec, sacrilège!!)et disparaissent comme par magie. C’est ceux qui s’énervent le plus, les plus indignés qu’on ne verra jamais faire un geste pour le milieu, à croire que gueuler comme un porc sur facebook remplace de vraies actions…

Revenons à notre affaire parisienne : Les réseaux sociaux ils mettent leur nez partout et font tout péter dans la seconde. On envoie en première ligne les écervelés qui, insultes misogynes au poing foncent têtes blessées. S’en suivent des ripostes  et des contre ripostes, puis, les pêcheurs finissent par se tirer dessus; évidement :
-"C’est la faute des viandards ! Non c’est la faute des fédés qui foutent rien ! Non c’est la faute de la carte de pêche qui est trop chère! Non, c’est la faute des sponsos !! Non, celle des concours !! Non celle des Ricains qui montrent le mauvais exemple ! Non, celle de ces putains d’ardillons qui font mal ! Non c’est la faute aux poissons parce qu’ils ne sont pas assez nombreux ! Non, c’est la faute de la pollution !!! Non celle de ces truites arc en ciel qu’on balance par tonnes !"
C’est la foire à qui dit mieux !!! Franchement j’en ai lu un paquet d’histoires et à la fin vous savez quoi? Et bien on n’est même plus capable d’avoir une opinion. Bien sûr je ne vous oublie pas, vous qui avez pris la peine d’essayer de vite faire oublier ces réactions d’abrutis mais les discours pédagogiques apaisants qui tentent d’élever le débat paraissent inutiles voir impuissant face à cette débâcle tenue de main ferme par les crétins du  net. Il existe une pétition mise en place par les pêcheurs et pour les soutenir il suffira d'un clic:   https://www.mesopinions.com/petition/nature-environnement/peche-paris/40699
Mais dans le vrai c’est quand même vous qu’on écoutera !! (Oui, il faut rester positif et constructifs et j’en remercie tous ceux qui le sont !)L’avantage sur les réseaux sociaux c’est que l’on est passé du consommable au consumable. Tout disparait aussi vite que c’est arrivé. "Ce message s’autodétruira dans 10 secondes !" Oui-oui je sais on pourra quand même tout retrouver mais le bulldozer crée par face book et ses copains recouvre très vite son chantier. Cependant on a nourrit l’ennemi et ça, ça restera. 
En tout cas comme dirait Nicolas Hulot « Il est déjà trop tard pour être pessimiste ». Alors bougeons, ensemble, pas forcément contre ces gens avec qui nous communiquons mal mais pour le milieu naturel, pour les poissons, pour les générations futures, pour la pêche de loisirs.
Notre chevesne national, toujours présent pour le plaisir des pêcheurs

La notion de souffrance animale:

Pour faire simple le poisson ressent les choses mais les informations ne sont pas retranscrites comme chez l’être humain. A mon sens les terminaisons nerveuses sont bien là mais réglées différemment et ce n’est pas une histoire de cerveau limité ; bien au contraire. Son évolution lui permet de se nourrir sans être gêné par les épines, les carapaces et autres armes de défense de ses proies.

On peut donc espérer qu’il ne souffre pas de la présence de l’hameçon et c’est ce que démontrent pour l’instant les études. Je ne vous cache pas que j’aimerai que les choses soient encore plus claires car se mettre des œillères en se persuadant trop facilement de quelque chose d’aussi grave me gêne. Par ailleurs il est démontré chaque jour que le no-kill (qui a des règles strictes de respect et de fonctionnement) fonctionne très bien et n’endommage ni la santé physique du poisson ni sa santé mentale. Il suffit de voir son comportement suite à sa remise à l’eau où le poisson reprend sa vie comme si rien ne s’était passé et peut même être repris quelques heures après. (ça m’est déjà arrivé à plusieurs reprises).

Par ailleurs et avec plus de légèreté il me semble essentiel que chaque pêcheur en ait conscience, je l’ai déjà évoqué sur le blog, que notre passion peut paraitre hyper chelou.
Qu’est ce qu’on branle à se prendre en photo avec un poisson ??? Mettez-vous à la place d’une personne qui n’y connait strictement rien et à qui on a rapidement expliqué que le pêcheur 2.0 s’amuse à planter un hameçon dans un poisson pour se venter par la suite, photo à l’appui de l’avoir capturé.
On a franchement un sacré taf en matière de communication avant que notre interlocuteur puisse dire « ah ouais je comprends »…. Déjà il faut le reconnaitre, notre passion touche au vivant et se doit d’être hyper respectueuse. Le mot respect en est le mot clef.
Black bass pris pendant les rencontres de la superbe association Black bass France qui œuvre en faveur de ce poisson de sport qui supporte très bien le catch and release
Le pêcheur no-kill a des devoirs et il doit se demander une première chose : Pourquoi il fait ça ? Plaisir de déconnecter, d’être au bord de l’eau, de capturer un poisson, d’être seul ou entre amis….
Ensuite, il doit réfléchir, étudier et apprendre pendant des années, à commencer par la connaissance du milieu et des mœurs des poissons. 
Pour finir, l’aspect technique de sa pratique : Comment pêcher et surtout relâcher ses prises avec le moins d’impact possible. Toute la partie invisible de l’iceberg c’est ça, notre travail de fond :
-"Respecter les cycles de vie et de repro, ne pas matraquer les spots, se mouiller les mains avant de toucher le poisson, le laisser dans une épuisette reprendre des forces et ses esprits, pêcher sans ardillon, le manipuler le moins possible et au-dessus de l’eau, avoir préparé son matos photo pendant que le fish est dans l’épuisette (dans l’eau) faire le minimum de clichés et relâcher le poisson avec douceur et amour."
Voilà ce qui me vient à l’esprit mais tout ça se forge année après année, c’est ce que l’on garde pour nous dans notre tête par contre la partie visible de l’iceberg se résume en un instant, un clic produit par l’appareil photo.
Ce souvenir d’un sourire bras tendus qui prône la beauté de la nature. Comme un enfant qui tend une fleur à sa mère le pêcheur tend son poisson au reste du monde.
Ce message a sa part sociale car en effet le pêcheur existe auprès des autres et par ce geste crée sa place dans un « système humain » en crise au sein d’un écosystème naturel en destruction. L’Homme est lié à la nature depuis toujours mais ce lien se perd.
Aujourd’hui le pêcheur garde les séquelles de ses ancêtres qui le poussent à revenir traquer les poissons au bord de l’eau mais aussi être garant de la santé de ces milieux essentiels mais extrêmement fragiles en agissant directement sur ces milieux. (Présence et surveillance, entretien, dépollution, suivi de la faune et de la flore, élimination des invasives etc etc)
Aujourd’hui le pêcheur devenu "no-kill" a remplacé son panier par un simple appareil photo mais le plaisir de la traque, de la capture est toujours palpable. Il est contemplatif, il prend énormément de plaisir à s’épanouir au bord de sa rivière qu’il protège, qu’il nettoie, qu’il s’est approprié. Il en est d’autant plus fier lorsqu’il finit par leurrer un poisson avant d’ancrer à jamais son souvenir dans sa mémoire.
Superbe chevesne pris à la mouche, pas d'ardillon=remise à l'eau facile

Vous voyez, notre passion est belle elle et même ultra passionnante mais ce qu’il faudrait, c’est que tous ces pêcheurs qui se sont insurgés face à la menace de se voir interdire leur petit plaisir ne restent pas derrière leur petit smartphone à piailler!
Ils se doivent, nous nous devons de mettre la main à la patte et à faire partie du système en rejoignant nos AAPPMA, c’est le seul moyen de faire bouger les choses.
AGIR !
Pour finir je vous laisse avec deux carpes prises le 12 Novembre 2017 à la mouche en soie de 8… Une belle et une grosse grosse tatane qui m’en a fait baver ! Allé bizzzzz
la Scierra Salis en soie de 8 a craqué une première fois avant de se voir pliée en deux sur la grosse mémère d'en dessous!

Le graal qui vient enfin récompenser tous les efforts du pêcheur 2.0, celui de 2018
Pour poursuivre sur le sujet, je vous invite à lire ce super articles des copains expat au Québec "crinqués de pêche": http://crinquedepeche.blogspot.fr/2018/03/lhistoire-de-jean-luc-la-perche.html

 

 

jeudi 1 mars 2018

Du brochet tavernier!



           Cette année, la saison pike avait bien débutée avec une superbe "mama" prise en rivière. Ensuite et comme très souvent par chez moi ce fût assez dur, même déconcertant et sans vouloir trop me prendre le choux je suis rapidement passé sur d’autres poissons et d’autres techniques. Je vais quand même retracer en images cette saison broc!

3D Roach Savage gear 25 cm assommé par un petit pike de 50...


Adrien se fait plaisir!
Je suis passé assez rapidement à la traque des carpes à la mouche, puis le bass qui m’aura braqué quasiment tous mes créneaux pêche. Du coup et bien les brocs je les ai laissé pas mal tranquilles. 
A part une session en début d’été sur une journée ventée. Les fishs furent au rendez-vous ; bien actifs mais on devrait se l’interdire. Quand il fait chaud; on oublie la pêche du brochet. Le risque de mortalité est trop élevé et ce, où que ce soit. Malgré le fait de pêcher sans ardillon, de laisser le fish dans l’épuisette, de ne prendre qu’une photo rapide il y a de la casse.
Alors oui, le no kill épargne des vies mais il faut que ce soit extrêmement bien fait. La preuve cette journée-là, un brochet est mort. Sur le coup, en deux secondes raide comme un bout de bois. Vous me direz que c’est le jeu ; enfin plutôt le risque car notre passion même exercée dans les meilleures conditions de respect n’est pas entièrement maitrisable. Il y aura toujours de la casse mais soyons un peu plus malins et évitons certaines pêches en fonction des saisons.
Les amoureux du brochet doivent passer à autre chose de temps en temps ; en bin oui ! Et c’est pareil pour les autres espèces. J’me répète mais chacun doit mettre en place, sur l’année, un roulement entre les spots et les espèces ciblées. Evitons le matraquage, favorisons la prospection c’est tellement plus agréable que de pêcher tous les jours le même linéaire.  Sinon bah les brochets je les ai réattaqué en automne, un petit peu cet hiver et quand les conditions sont bonnes leurs dents aiguisées refont surface et ça ; c’est très bon !
Le 3D River Roach enchaîne les victimes...
Release en règle!
Sammy se fait bien défoncer dans le vent mais les brocs y sont!!

Pris en cherchant les perches au shad Fat T Tail Minnow 7.5 cm


Encore ce fichu 3D River Roach qui récidive!
Niveau matos quelques leurres sont sortis du lot avec en tête de gondole le 3D RiverRoach de chez Savage gear. Que ce soit en 18 ou en 23, ce shad sait faire la différence ; c’est une valeur sure ! Ensuite je placerai le 3D Roach ShineGlider et le 3D Bleak Glide Swimmer, deux leurres durs nageurs en S que j’affectionne particulièrement. 

Et, de derrière les fagots la Real Eel en 40 cm qui fait bouger du fish quand les brocs ne veulent pas du reste !
Release d'un beau silure qui n'a pas résisté à la Real Eel 40 cm!
C’est vrai qu’aujourd’hui on est inondé de nouveautés mais comme je le dis souvent ce qui a marché marchera toujours ! Ça ne veut pas dire que je ferme la porte à l’innovation, au contraire c’est un énorme plaisir de pêcher avec un nouveau leurre qui bénéficie de tous les progrès en matière d’expérience et de technologie mais n’oublions pas les classiques.   
Superbe mama !!! Combo Okuma Alaris et petit 3D Bleak Glide Swimmer!

The last fish!! Avec évidement le 3 D River Roach

Désormais c’est la fermeture, pas seulement une fenêtre dédiée à une reproduction éclair mais plus un moment de tranquillité où je l’espère les poissons pourront jouir de notre absence…
"Have a good fraie !" 



mercredi 10 janvier 2018

RÜGEN TRIP




                 A l’heure où j’écris ces quelques lignes il nous reste à peine 48 heures pour atteindre notre objectif; 120cm.
Emportés par le tourbillon du temps, les 10 jours sur place défilent beaucoup trop vite et notre cible nous résiste malgré nos efforts. Nous sommes sur l’île de Rügen, au nord-est de l’Allemagne, quasiment en face de la Suède en mer baltique.
Rémi Laugier, réalisateur de films de pêche et de documentaires animaliers nous a rassemblé avec Marc et Adrien afin de mettre sur pellicule la traque des brochets géants qui hantent ces eaux. Le potentiel est immense, à l’image des espaces que nous pêchons et à la mouche, croyez moi c’est assez déconcertant. 
Un road trip éprouvant
8 heures de route pour rejoindre Rémi et Marc. Petite halte avec un peu de pêche du bass pour se dégourdir les pattes !
On charge le 4x4 et en avant pour récupérer les kayaks Savager’s qu’Hervé nous prêtera pour le séjour. Des kayaks à pédale ; insubmersibles, marche avant/marche arrière, hyper confortables, même pour pratiquer la pêche à la mouche c’est juste le top du top ! On s’active, on attèle la remorque et évidement il y a une burne dans le potage !
Les feux ne marchent pas… On démonte, on remonte, on découpe et on trouve la panne, les fils étaient arrachés.
Hervé nous répare ça et en route pour récupérer Adrien à Paris avec une grosse remorque bourrée de 4 kayaks et le 4x4 qui déborde…
Il doit être 21h, Adrien est bien là, on est soulagé car il n’a pas trop d’affaires ! C’est Paris, c’est le bordel, ça pue, tout le monde klaxonne et avec la remorque c’est chaud patate. Bref on dégage vite fait bien fait. C’est bien plus tard, après mon créneau de conduite (2h/5h du mat) qu’on s’octroie une pause dodo jusqu’à 8h et c’est repartit…

Voilà, on y est, après plus de 23heures de voiture ! J’en ai ras la casquette mais l’excitation est palpable, l’adrénaline monte ! Une seule chose en tête : PECHER !!!


On le sait ; là où on est tout est possible ! la légende nous parle de poissons de 140cm, des vaches à lait mes amis !! OUI-OUI !!! Rémi en bon papa a fait les choses bien. La maison que nous aurons pendant 10 jours est nickel. Terrasse, cheminée et un emplacement complètement isolé entre les immenses cultures intensives de l’Allemagne et la lagune. Le jardin donne directement sur la roselière qui borde de splendides spots ! #paradisdubrochet gnagnagna!
On fait des courses pour la semaine, on achète les permis, on prépare les matos ; cannes, moulins, kayaks, waders, sélection des streamers et on contemple ce beau matériel !
Tout va très vite et nous voilà sur l’eau !
Première étape : apprivoiser le kayak, ça se passe assez bien et on prend vite nos marques… Bon, Adrien a quand même réussi à se foutre à l’eau et heureusement il avait pied !

Deuxième étape : Evaluer le positionnement des brochets. Grace au sondeur j’ai pu limiter les zones à peigner. La dérive est rapide et à la mouche on ne peut pas se permettre de pêcher trop creux. On a donc déterminé des fonds allant d’1m30 à 2m60.
On va rechercher les taches foncées marquées par les herbiers et pour freiner notre dérive on utilisera des sacs cabas de super marché. C’est pas beau mais ça marche. Assez vite les premières touches arrivent et on rentre les premiers pikes de la baltique dans l’épuisette !

Sur une pointe Adrien nous vend du rêve avec un 90cm et un 98 cm ! La première session se termine avec un grand sourire aux lèvres et la confiance est franchement de la partie !
Apéro avec des bières Allemandes et des cornichons géants, repas articulé sur de la saucisse reconstituée, de la pure gastronomie ! Bon appétit!!!
Le rythme est donné ! Le lendemain sera un peu pareil mais on ne dépassera pas les 80cm, il fait super bon, on a atteint les 20 degrés ; du jamais vu là-bas à cette période !

Le sur lendemain on pêche avec un guide ; en vain. Aucun poisson correct. Il faut se rendre à l’évidence il y a quelque chose qui ne va pas. C’était sans compter sur le caractère incontrôlable de mère nature.
Ces derniers jours auront vu dégringoler notre enthousiasme. En effet, le moindre changement climatique a un impact direct sur le comportement des poissons.
Que l’on change de spot, que l’on pêche avec un guide et que l’on se creuse la tête comme des fous ne servent à rien si les conditions ne sont pas bonnes.

Un contexte de fou. Là-bas, les brochets vivent dans un espace infini. 
Leur comportement va de pair avec le milieu, ils sont pélagiques et font de grandes migrations.
L’été, les adultes sont en mer, oui dans l’eau salée (le taux n’étant pas très important mais quand même !). Ils suivent leur nourriture : des bancs de harengs, des truites de mer, des saumons mais aussi des gardons et d’autres poissons blancs.
Les jeunes (poissons de – de 80cm) quant à eux restent dans les baies des lagunes, au plus proche des roselières.  
Lorsque le froid revient, en automne, les poissons vont entamer un voyage vers les lagunes, plus protégées des éléments avec une eau moins froide et une alimentation en eau douce (embouchure de petits cours d’eau) qui maintient un niveau de salinité plus bas. Automatiquement les brochets suivent en bancs pouvant dépasser les 400 individus et étonnamment face à ces monstres qui entrent, les petits brochets se font très discrets.

Vous l’aurez compris, même un pike de 70cm devient une proie. Dans les lagunes la concentration de poissons en tout genre devient impressionnante et pour le pêcheur, trouver les brochets devient bien plus aisé. Mais face à toute cette abondance il sera difficile de rivaliser. 
Pour nous malheureusement cette migration vers les lagunes vient à peine de commencer. Il fait encore trop chaud et le gros des brochets adultes est encore en pleine mer.  On est pourtant mi-octobre. La météo serait donc trop clémente avec nous et ça, c’est définitivement mauvais pour la pêche du pike.
L’île est habituellement brassée par le vent. Ici rien ne l’arrête et il complique souvent les lancés. Le problème, et on l’a bien compris durant notre séjour c’est que s’il ne souffle pas les poissons sont inactifs.
Ce phénomène est peut-être plus accentué à cette époque mais ce fut flagrant. Dès que le vent diminuait et que le soleil apparaissait l’activité s’arrêtait net. Inutile de continuer à pêcher. Nous n’avions plus une seule touche.
C’est dans ce genre de conditions que l’on apprend, que l’on peut réellement comparer/analyser et acquérir de vraies connaissances.
Notre guide nous expliquait qu’il pouvait peigner une zone à la mouche toute la journée sans enregistrer une seule touche et que d’un seul coup à cause d’un paramètre qui change, l’activité se mettait en route et qu’il enchainait jusqu’à 18 brochets en quelques dizaines de minutes dont plusieurs poissons dépassant le mètre.
Il faut donc à la fois analyser les conditions tout en oubliant notre cerveau… La patience prend tout son sens.  Ces derniers jours furent éprouvants. Mentalement c’est très difficile d’admettre que l’on est dans un des meilleurs endroits au monde pour les gros brochets sans réussir à les déclencher. Puis ne l’oublions pas, nous sommes là pour faire un film !

La pêche à la mouche est cérébrale mais aussi très physique. La double traction est de rigueur et j’aurais personnellement beaucoup appris.
Notamment sur les zones à petits (roselières) où l’on peut facilement faire une dizaine de poissons entre 50 et 70 en quelques minutes : variations d’animations, ferrage avec la soie et non la canne, gestion du combat et j’en passe. Alors certes nous ne sommes vraiment pas là pour ces poissons mais c’est une école que l’on ne rencontre pas chez nous.
Avant-hier nous avons dégoté un méga spot. Une zone avec une ouverture directe sur la mer baltique. Un chenal emprunté par les brochets lors de leur entrée dans la lagune.
Suite à cette entrée, se dessine un vaste haut-fond de sable et d’herbiers de plusieurs kilomètres carrés servant d’aire de repos à nos tigres d’eau douce. C’est évident ils viennent s’y poser, s’y alimenter avant de continuer leur remontée au sein de la lagune.
En quelques sortes en pêchant ce genre de zones on accélère le temps en visant les poissons « frais » qui arrivent de la migration.

Le haut-fond est direct, on passe de 7m dans le chenal à 1m50 et en dérivant grâce enfin au vent qui est revenu nous avons touché pas mal de poissons jusqu’à ce qu’Adrien se mette à gueuler !
-« C’est gros !!! » Attelé à un semi-remorque le voilà tracté par un géant de la baltique ! On n’y croyait plus !  Le moulin siffle et le combat se fait tout en lourdeur ; les remous sont impressionnants, ça fait peur ! Heureusement il est bien piqué et ne se décrochera pas. Je suis à l’épuisette et le monstre arrive ! Pour moi c’est sûr il fait largement ses 1m20 tellement il est gros/gras/long !
C’est avec une immense pression que je réceptionne les bestiau, ça y’est !!Il est dedans !!!! On hurle !!!  On y est arrivé, à force de chercher, de peigner, lancés après lancés, après avoir mis en place des stratégies de prospections ! La pêche nous aura finalement sourit !!
114cm de muscles et de dents acérées ! Une véritable tueuse de la baltique !
Adrien est aux anges mais malheureusement il nous quittera le lendemain pour retourner travailler en France. Il sauve le film, et aura farci les plus beaux poissons ! Il a un peu le cul bordé de nouilles non ??

Le lendemain, après avoir fêté son départ et le gros fish, on retourne sur la zone et cette fois-ci on se décide à descendre des kayaks et de les attacher comme des chevaux pour pêcher la fameuse zone en wading.



On est au milieu de nulle part, à deux kilomètres du bord et on a pied. La cassure est localisée et on peut bien mieux gratter ! On a des kilomètres de linéaires mais nous avons ciblé une courbe de 500m.
Marc touche un premier poisson, on en décrochera aussi chacun un très gros (Rrrrrrr) quand ça y’est, à 2 mètres de moi je vois un bestiau se retourner sur la mouche, sa queue sort littéralement de l’eau et dans un sursaut de ferre ! Sans même sentir le poids du poisson ! Avec beaucoup de chance il est piqué et me livre un superbe combat ! Il m’a vraiment surpris et je fais tout pour ne pas le perdre, la canne big fly de chez Scierra en soie de 10 va super bien, le frein du traxion 3 est irréprochable et tout en douceur je ramène le poisson jusqu’à l’épuisette ! C’est gagné !!!!
Un superbe dindonneau gras de chez gras qui annonce 91 cm. La taille n’est vraiment pas importante mais il est  vrai qu’ici, on cherche les gros et vu leur largeur ils sont très difficiles à évaluer. 
Bilan plutôt positif de la journée même si on rate chacun un très gros poisson. Marc qui recherche spécifiquement les gros brochets a eu son lot de frustration mais la pêche c’est la pêche et malgré une forte douleur à la main il ne baissera pas les bras.  
Il nous reste donc deux journées de pêche pour faire un fish de fou. Maintenant on a localisé le spot et on s’y tiendra ! Sur le chemin du retour le 4x4 nous fait le coup de la panne. Problème de batterie ; pas grave on pousse, on est à 200 m de la maison. Il nous faudra juste nous lever plus tôt demain matin afin de changer cette batterie !
La nuit sera courte, dur dur de dormir avec cette excitation de retourner sur le spot à bigs ! Debout, p’tit dej, prépa matos+casse dalle et en route ! Quelques bornes plus loin la bagnole s’arrête et cette fois-ci pour de bon.  Vous l’aurez compris c’est mort !
On est comme des couillons, complètement perdus dans le troufion de l’Allemagne de l’Est et personne ici ne parle Anglais. Marc rentre à pied à la maison et avec Rémi on est parti pour 12 heures de galère…
Stop de voiture au milieu de la route, appel de l’assurance, 3 dépanneurs différents, des centaines d’euros qui partent en fumée, le froid, la pluie et l’impossibilité de retourner sur notre méga spot. En fin de journée, on rentre épuisé et dégouté à la maison avec une voiture de location qui ne pourra pas tracter la remorque avec les kayaks.
On ne sait pas combien de temps la réparation durera puisqu’il faut changer l’alternateur. Dans notre malheur on a quand même de la chance. Rémi arrive à louer la maison 2 jours de plus car se retrouver en plus à la rue aurait été insurmontable. La soirée est rude, on doit accepter notre sort et nous contenter d’un lendemain du bord en face de la maison. Bin oui, on pense quand même à la pêche !
Cerise sur le gâteau les conditions seront au top. On a vraiment les boules ! Au petit matin, la mine grisée, le temps est comme promis : couvert avec un bon gros ventass ! Bah oui c’est nickel, un temps de brochien ! Le spot de devant la maison nous fait beaucoup moins rêver mais c’est la lagune de Rügen et nous ne sommes pas sûrs de pouvoir la repêcher de notre vie ! On traîne les kayaks pour la dernière fois et sur l’eau : ça bouge.
Les dérives sont rapides, trop rapides, j’commence même à me faire des frayeurs ! Les creux atteignent plus d’1m et le vent ne fait que s’intensifier.
15 minutes après, avec Marc, on abandonne. On y retournera, après manger pour notre dernière après midi du bord, dans une baie un peu plus abritée et surtout avec le vent dans le dos.

Après nous être faufilés à travers la dense roselière nous tombons sur la fameuse baie. A croire que seuls les sangliers s’y aventurent. On a de l’eau au-dessus des genoux et dès le premier lancé je fais un poisson. Ils sont là, calibrés autours de 70cm et nous font des attaques de furieux !
C’est pas les monstres de nos rêves mais après nos déboires c’est du pur bonheur. Le temps est complètement déchaîné ce qui décuple nos sens et nos émotions.
Attaques en surface, chandelles, doublés ; voilà ce que peut donner la pêche sur cette île ! Les « petits » brochets de cette dernière après midi nous auront démontré qu’ils étaient bien présents et en nombre puisqu’on doit faire plus de 10 poissons chacun en moins de deux heures.

Ils nous auront appris que lorsqu’ils ne le veulent pas, on ne les verra pas. Ils sont invisibles, inactifs, aux abonnés absents !
Ce poisson à la mouche c’est quelque chose d’exceptionnel ! Son attaque, sa défense et sa traque remplissent le pêcheur d’émotions intenses. Seul Adrien aura réussi à se frotter aux géants de la baltique mais comme tout voyage de pêche rien n’est joué d’avance et même dans les meilleurs coins du monde.
Comme beaucoup de poissons, le brochet sait disparaitre de son milieu et une fois oublié ressortir pour reprendre sa place de super prédateur. Chez nous, les gros et vieux spécimens sont très certainement bien plus nombreux que l’on imagine mais leur comportement change. Ils se sont adaptés au danger que nous représentons.
Cependant, une chance de les capturer existera toujours. Un moment d’inattention de leur part et c’est le pêcheur qui l’emportera. Marc ne vous dira pas le contraire puisqu’il vient d’immortaliser le poisson d’une vie, un magnifique pike d’1m25 ; en France. Belle revanche sur la baltique et sacrée leçon de patience et de technicité ! Un poisson qui évidement a été pris sans ardillon et relâché avec le plus grand des respects.
A la mouche plus que dans d’autres techniques le temps et la patience sont bien plus difficiles à maitriser mais cette pêche si particulière fait tellement de bien. Elle répare l’esprit et réconcilie le pêcheur 2.0 et la nature. 
Merci Adrien, Marc et surtout Rémi de nous embarquer dans de telles aventures !

 

Le film de ce trip sera bientôt retransmis sur la chaîne Seasons (février).

Matos utilisé :
Merci à SCIERRA/SAVAGE GEAR /OKUMA (Svendsen), SAVAGER'S, HPA!!!

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter le meilleur pour 2018 ; et pour moi ça reste du temps dehors, avec les personnes qu’on aime, proche de la nature et de l’eau qui devient si rare. L’évolution climatique risque de rendre notre passion délicate à faire perdurer.
Nous devons réagir vite car les milieux aquatiques sont extrêmement vulnérables. Les AAPPMA ont besoin de nous tous pour avancer. Bisous